Ce sont toujours les petites choses qui changent les grandes. Ouais, note bien ça, parce que c’est la deuxième phrase du jour. Je dis seulement la deuxième, parce que la première constitue ce qui a été ma « petite chose » de la journée. Quoi, comment ça ma phrase te mélange tout dans ta tête ? C’est pourtant clair.
Mais si ça va toujours pas, je développe : jusqu’à aujourd’hui, j’avais développé un certain complexe d’infériorité vis à vis des étudiants en anglais comme moi qui sont déjà partis vivre 6 mois à un an dans un pays anglophone. Ben ouais, tu sais, on répète tout le temps qu’on en revient hyper bon, et que c’est LE truc à faire, ça, partir dans un pays anglophone quand on fait des études anglophones (comme moi). Et je suis en troisième année, et je ne pense pas avoir l’occasion de vivre cette expérience avant un ou deux ans – hors vacances bien sûr. Alors bon.
Dans ma promo, il y en a donc quelques-uns qui sont déjà partis. Dont le merveilleux auteur de la phrase du jour, de cette petite chose qui m’a décomplexée d’un coup. Ce charmant individu qui, s’il n’aime pas grand-monde, au moins s’aime beaucoup et aime afficher cet amour. Cet incroyable couillon qui s’est bien planté sur l’accentuation dans le mot apologized.
Alors, oui, c’est encore du cours de phonologie, j’y peux rien si toutes les perles naissent dans cette huître-là, et non, this is not my point, je ne me fous pas de la gueule de quelqu’un qui fait une erreur, parce qu’on en fait tous, moi bien entendu largement comprise.
Je me fous simplement de la gueule de l’andouille qui, effroyablement vexé de s’être trompé, a clamé à qui voulait (ou pas) bien l’entendre :
« Oh, à Sheffield, je l’ai toujours entendu comme ça, moi. J’y peux rien, moi, si les anglais prononcent mal. »
Je trouve ça beau. Parce que cette toute petite chose m’en a bien fait comprendre une grande : partir vivre à l’étranger, ça sert à rien si t’en as pas autant dans la tête que dans les chevilles.
Je commençais à m’habituer à l’idée que mon ennui profond ou mon désintérêt complet pour un sujet se voyait sur mon visage comme un oeuf d’autruche se voit sous une poule naine, voire même à prendre la chose comme un atout. C’est ma maman qui me l’a appris la première. Soit disant que j’étais assez expressive en cas de je-m’en-foutisme pour qu’on puisse lire « boooooring » dans mes yeux tout en donnant l’impression d’avoir vu bailler ces derniers. OK.
Mais alors où était mon super osef-skill ce matin lorsqu’un type s’est arrêté en voiture à côté de moi pour me demander « t’étais pas à l’école primaire Machin-Chose ?! », et que sans attendre la répondre que j’aurais pu tourner négativement à mon avantage sans avoir le moindre frisson de honte devant mon mensonge il a commencé à me raconter qui il était, et comment il m’avait reconnue, et que c’était cool et autres piapiapias profondément inintéressant au vu de mon intérêt pour ma vie en école primaire ?!
Où était mon super osef-skill quand cette fille avec qui, bien qu’elle soit dans la même session que moi, je n’ai pas échangé le moindre mot depuis facilement un an m’apostrophe pour me dire que son papa allait être opéré par mon papa comme si c’était la meilleure nouvelle qu’on lui ait jamais annoncée de toute sa vie – ce qui fait de sa vie un long fleuve d’ennui où se noie mon extrême désintérêt sans même chercher à se débattre ?!
Et où était mon super osef-skill quand J. a commencé à se chauffer de bon matin pour m’expliquer en quoi Linux ça sentait bon le sable chaud tandis que windows c’était que des salauds de capitalistes et qu… … Ah non mais là ça vaut pas. J. il sait que je m’en tamponne la partie la plus charnue de mon individu de ses relents anarchistes, et il fait avec.
…
Ou alors ils savent tous que je m’en fous, mais mon osef-skill leur fait autant d’effet qu’un pet de mouche en haute voltige, et ça leur fait plaisir de me le dire quand même.
…
I think I’ve just found my Nemesis.
Lundi 1er Février, cours de phonologie n°2
- Bien, et où il est l’accent tonique ?
- IN THE KITCHEN !!
- …
- Non mais madame, c’est parce qu’on vous aime bien. D’habitude, on dit plutôt « dans ton cul ».
(cf Un Mythe s’effondre, parce que je me linke toute seule, hé ouais.)
I made a (banana) cake.

Et je ne conclurai pas par « Voilà, c’est tout. », parce que je fais des gâteaux une fois tous les cinq ans et que du coup, quand ça m’arrive je suis tellement fière de mon bébé que je fais chier tout le monde avec pendant quelques jours. Il n’y avait aucune raison pour que vous y échappiez.
En vérité je te le dis : il y a peu de blessures aussi ingrates que le trop classique retournement d’ongle au moment où tu t’y attends le moins – en général. Pour peu que l’ongle ait survécu, il ne reste pour seul témoin de ta douleur qu’une tache rouge sur celui-ci et quelques petites marques blanches, signes que l’ongle conquérant est venu jusqu’ici, à peine visibles. Et pourtant, pendant quelques jours, non seulement tu deviens tellement paranoïaque avec ton doigt que tu te cognes partout ailleurs faute d’attention équitablement répartie, mais en plus, t’as l’air d’un débile à chaque activité nécessitant la participation du membre douloureux (et je parle toujours du doigt).
Alors bien sûr, comme t’es un être humain, t’aimerais bien pouvoir compenser ton malheur en geignant et en montrant à tout le monde ton bobo. Bref, en l’exposant. Le problème étant qu’à chaque fois que tu essaies de narrer ta folle mésaventure, sitôt arrivé au passage « et paf, ça fait des chocapics un ongle retourné au 3/4 laissant dessous la peau et le sang nus jusqu’à ce que tchac ! tu le remettes d’un coup ! », ton auditoire préfère :
- frissonner et partir en courant
- prendre une mine horrifiée et partir en courant
- mettre les mains sur ses oreilles et partir en courant
- dire « aah c’est dégueulasse ! » et partir en courant
- user de toutes les possibilités précédentes combinées et partir en courant
… plutôt que de te lâcher au moins un petit « oooh, pauvre de toi !! » (avant de partir en courant). Oui, tu l’auras compris : le monde est méchant. Surtout que bien peu de jours plus tard, tu te retrouves enfin capable de taper sur un clavier sans crier ou d’écrire un sms sans lâcher brusquement le téléphone – tu me diras, ça reste assez pratique en société. Et de ta douleur passée et incomprise, il ne reste plus que cette même tache rouge… Moche… Même pas spectaculaire… Et dont tout le monde se fout. Hé oui.
(à la limite il reste bien la solution d’aller voir ta mère en lui montrant ton bobo pour te faire plaindre un p’tit coup, mais le « oh pauvre bébé, tiens, un bisou magique ! » généralement retenu de l’opération reste un peu trop moqueur pour être satisfaisant. Après, en temps de crise, on peut ne pas être trop regardant.)
Alors, t’as compris ? T’as eu mal sa grand-mère en kilt sur la banquise, et t’as pas pu geindre parce que tous tes potentiels spectateurs (ou presque) l’ont fait à ta place (pauvres bichons choqués) ! C’est ça, une blessure ingrate. Tant que t’as pas des trous dans les mains, tout le monde s’en tape.
… Non mais en fait, éloigne ce marteau de ton doigt. Je sens que c’est une mauvaise idée. Et puis de toute façon, martyr, hé ben ça paie pas. Fais-toi bloggueur plutôt.
Je blogue parce que y a que ça qui m’inspire là, maintenant, tout de suite, mis à part m’endormir sur mon bureau en écoutant des BOs de Hans Zimmer et baillant de temps en temps pour me déboucher les oreilles. Enfin, non, il y a aussi le plan « m’endormir devant un épisode de Chuck », mais il me manque la fin de la saison 2, du coup je dois me rationner. Encore un mot que je déteste, ça, « (se) rationner ». Je vais l’écrire sur ma liste de mots que je n’aime pas (comme ça, la prochaine fois qu’on me demande quels sont les mots que je n’aime pas, je pourrai répondre du tac au tac au lieu de me gratter pendant vingt ans le bout de la langue). Non mais sans déconner, ça pue comme mot, se rationner. Tout est agressif là-dedans, sans pitié : le sens, l’enfilement ingrat des consonnes, la menace du « o » avant les « nn »… Se rationner… Rahh ‘faut que j’arrête, ça me fait grincer des dents, beuhh.
Non autrement je pourrais entamer ma troisième traduction, mais c’est du Delerme. Faut pas s’attaquer à du Delerme quand dans la liste des choses qu’on tendrait à faire dans l’instant présent il y a « s’endormir sur son bureau ». Sinon dans le domaine « bonne petite étudiante studieuse », il me reste également l’alternative « continuer de lire Jordan County pour le cours de littérature américaine », mais honnêtement… Pas mieux que Delerme. (Enfin, si, quand même, mais pas loin derrière.)
Là vous commencez à comprendre pourquoi je blogue. Pas seulement parce que j’aime bien parler pour ne rien dire, mais aussi parce que ça ne demande pas beaucoup d’effort. J’ai bien ce bouquin de Kellow Chesney, sur les bas-fonds de la période victorienne (sujet de prédilection du moment qui fait lever un sourcil perplexe aux gens à qui j’en parle), mais, pfff, rooh… Voilà. Notez que j’ai commencé à lire les trois premières pages : il a l’air bien.
Mais non, rien à faire. Toutes les autres options, genre booty-shaker sur Caramelldansen, Storms in Africa ou Johnny Be Goode, ranger le bureau et les étagères sans mourir sous une avalanche de bouquins, trouver des places à mes chaussures, chercher une nouvelle idée de liste qui sert à rien à tenir… n’enthousiasment pas mon poil dans la main qui me sert de canne. Le problème étant, bien sûr, que je vais finir par en avoir marre de bloguer. Alors, que faire ?
Mmmh… Il est 19h36… Je crois que si j’enchaîne quelques pages du Lord of the Rings (la Bible), manger, tweeter/vider mon reader, regarder un Chuck et dormir, ça peut le faire. Maintenant que j’ai bien perdu du temps à bloguer. Ma vie est extrêmement palpitante, et vous êtes jaloux tous autant que vous êtes.
(Non sans déconner en plus, je kiffe.)
Lundi 25 janvier 2010, Cours de phonologie anglaise : introduction à la prosodie
- Prenons une phrase toute simple, voyons… John is in the kitchen.
- Quoiii ?
- Mais… Madame !
- C’est pas Bryan ?
- Où il est Bryan alors ??
- BUT WHERE IS BRYAN ?!
- … J’ai dit John is in the kitchen, on fera avec John is in the kitchen, ne m’embêtez pas hun ! D’ailleurs, vous remarquerez que j’ai dû porter l’accent sur John, et…
- *classe en larmes*
Je sais pas vous, mais moi je suis quand même vachement déçue.
(- Boon, d’accord, ça va ! Bryan is in the kitchen ! ça va bien maintenant ?
- …
- Quoi encore ?
- Mais John alors, il est où ?
- BUT WHERE IS JOHN ?!
- … Si dans deux secondes vous n’avez pas arrêté, je pars vendre des churros à Madagascar.)
C’est marrant, je viens de répondre à une question de Timtimsia (oui vous pouvez cliquer, c’est beau, mangez-en) sur Formspring, pour laquelle j’en suis venue à parler du premier truc – car « truc » est le mot – que j’ai écrit, à savoir, je colle : « l’histoire d’un pauvre type dont le seul truc bien dans la vie était d’avoir pour ami un autre type complètement taré ayant inventé une machine à voyager entre les dimensions :D ». Et ça m’a fait remarquer qu’en fait, ça fait un moment que je suis obsédée par les « voyages entre dimensions ». Ben ouais, carrément. ça sert à ça, aussi, formspring.
Remarquez, j’aurais pu être obsédée par les voyages dans le temps. Mais ça a déjà été plus qu’exploité. Et de toute façon, obsédée ou non, je rêve quand même d’avoir une espèce de grosse bulle magique hyper confortable dans laquelle je pourrais m’installer comme je veux pour aller espionner le passé sans être vue et donc sans déranger le cours de l’Histoire. Classe. Peut-être que je finirai par craquer et que je me mettrai un jour à écrire sur le sujet, cela dit.
Mais non, mon obsession c’est les « dimensions » et autres mondes parallèles. Au moins, du coup, je sais que ce n’est pas xxxHolic/TRC qui m’a collé ça dans la tête, mais bien que j’ai aimé xxxHolic/TRC parce que j’avais déjà ça dans la tête. Et si vous ne connaissez pas ce manga, ben… C’est mal. Bref. (Non sans déconner, google est ton ami/ton dieu selon ta religion.)
Et là vous vous demandez pourquoi je parle de ça alors que vous avez même pas vu un pet de cigale de ce que je peux bien (vouloir) écrire. Mmmh… Ben je sais pas, comme ça. P’têt parce que là je suis assise sur le lit de chéri à midi et demi avec son t-shirt noir comme pyjama et la tête de quelqu’un qui s’est couché à plus de 2h du mat’ alors que c’est pas dans ses habitudes et qui vient de se lever pour bouffer et attendre que la douche soit libre pour faire cause « toute propre toute fraîche du matin de l’après-midi »… et que j’avais envie d’écrire une connerie là-dedans.
Parce que si j’avais pas un goût pour écrire des conneries, que ce soit clair : j’aurais jamais commencé à écrire l’histoire de ce pauvre type qui veut vivre toutes les vies sauf la sienne dans un gros cahier rouge.
[exploitons les quelques vieilles notes rescapées du déluge #2]
- Alors, ça donne quoi ?
- J’ai toujours que le premier et le dernier mot. « Je » et « machine ».
- … « Je suis une machine ? »
- T’es con ;
- Nah t’as raison, ça colle pas, si cette prof était vraiment une machine, on arriverait à lire les appréciations qu’elle laisse sur les devoirs !
- Alors voilà, W. et moi, ça fait deux bonnes heures qu’on bloque sur le commentaire de la prof sur mon euh… Ben sur mon commentaire, et y a pas moyen, on arrive pas à déchiffrer.
- On a tout essayé hun, lettre par lettre, déductions…
- … Rien à faire. Alors, à court d’idées, on s’est dit que, tu vois, toi…
- On s’est dit que comme t’écrivais comme une merde, tu saurais la lire.
- Voilà.
- … Allez vous faire foutre ;
- Tu pourrais peut-être demander à ton père ?
- Pourquoi ?
- Ben il est médecin, non ?
- Ah oui ! Mais il est pas là ce soir, à ce rythme je reverrai la prof avant lui en fait.
- Tu vas quand même pas lui demander !
- Ben pourquoi pas ?
- Tu te vois aller lui dire « Pardon madame, mais ça fait deux jours que je bloque sur votre appréciation parce que vous écrivez comme une patate » ?
- Ben oui.
- Ok. Let’s go.
- Sinon y a toujours une pharmacie à côté du campus.
- … ? Et ? Quel rapport ?
- Bah tu savais pas que les pharmaciens ont une formation spéciale pour décrypter les ordonnances des médecins ?
- Anh ! Sérieux ?
- Evidemment ! Tu trouvais ça normal toi, qu’un pharmacien lise en un coup d’oeil une ordonnance que t’as dû te faire lire au préalable par le médecin lui-même ?
- … Tout s’explique oo A la pharmacie, vite !
- … Mais qu’il est con c’est un plaisir…
- Hem. Excusez-moi madame…
- Oui ?
- Je… Vous pourriez me lire ce que vous avez écrit là, s’il vous plaît ? #mode gentil sourire timide et gêné ON#
- Euh, oui… « Je n’arrive pas à vous lire… Tapez plutôt vos commentaires à la machine. »
- …
- …
- Omfg.
Epilogue :
- Hum…
- Hem…
- …
- …
- … T’as vu, elle dit « à la machine » pour l’ordinateur.
- … ça se voit qu’elle l’utilise pas souvent x)
- … x)
[Parfaitement, c'est du recyclage. Mais de toute façon, ça n'a pas vraiment changé depuis la 2ème année...]
Marrant, je bosse un peu (beaucoup) comme ça, aussi. Faut dire que j’assure pas mal dans l’art de la procrastination et de la flemme chronique tout en réussissant à travailler. Est-ce que je vais continuer à travailler comme ça toute ma vie ?
… Non mais en fait, pourquoi je pose la question ? J’ai toujours travaillé comme ça, je vois pas pourquoi ça s’arrêterait. Et puis c’est bien, ça ponctue l’effort de mini-victoires. Hop, deux lignes de plus, wouhou, et une danse du soleil, une ! C’est bon pour le moral (et pour le corps). Tellement que j’envisage pas de faire autre chose de ma vie. Passer mon temps à me bouger la partie la plus charnue de mon individu pour faire quelque chose, la secouer en rythme une fois que j’y suis parvenue, lire, chercher des réponses à mes questions, me prendre la tête sur un truc qui m’intéresse vraiment même si là tout de suite ça fait tellement de temps que je suis dessus que j’en ai ras le cul sévère, écrire, apprendre, encore chercher, chercher – râler et me plaindre mais aimer ça…
Bon, et il y a le stress, aussi. Le manque flagrant de reconnaissance. Se faire dire qu’on ne fait QUE glander et que je devrais réviser ma notion de travail. Qu’il y a des trucs vachement plus importants. La difficulté du parcours franchement pas reconnue. Le fait que le président aimerait bien se débarrasser de nous autres glandeurs qui coûtons cher à l’État pour rien. La longueur du parcours, aussi. Les doutes et les questions sur lesquels on ne peut pas vraiment écrire « officiellement ». Cette espèce de position ingrate, entre étudiant sans le sou et travailleur qui travaille dans le monde du travail comme un travailleur – ouais, tout ça. Arriver à choper un putain de diplôme pour continuer à faire ce qu’on faisait mais en plus approfondi et en payé, et se faire dire qu’il vaut rien. Normal. And yet.
Que j’y arrive un jour ou pas, en attendant, j’ai décidé de partir en master d’anglais et de bien me prendre la tête sur un mémoire, histoire de viser le poste d’enseignant-chercheur tout en courant après le fric. Ouais, un doctorat dans les Lettres et Sciences Humaines. J’suis une putain de maso idéaliste. Mais j’espère bien en trouver des comme moi, là-bas.