- Moi aussi j’ai des oeufs !
- ça s’appelle des ovaires, pas des oeufs !
- Et alors, vos oeufs à vous ça s’appelle pas des couilles, peut-être ?
- Mais nous c’est des oeufs, pas toi !
- Dites-donc, vous avez jamais ouvert un bouquin de bio ? Les miens c’est plus des oeufs que les vôtres !
- C’est des. O-vaiiires.
- Couiiiiilles.
Attention : l’abus de travail peut nuire assez nettement à la santé mentale déjà pas très claire de vos étudiants.
Ce matin, alors que je méditais pendant mon pipi matinal, j’ai réalisé que cette semaine allait être une semaine de merde.
Avant vendredi, je dois donc avoir expédié une présentation, commencé l’avant-dernier chapitre de mon mémoire (j’aime le mot « dernier »), aborder, commencer, terminer et présenter un projet tout en espagnol pour vendredi pour enfin pouvoir profiter d’un week-end studieux à terminer ledit chapitre avant lundi, et mes professeurs s’entêtent à me faire le coup du « nan mais je peux pas te donner le nom du chapitre/la salle du prochain cours/n’importe quelle info débile que je peux te cracher en un mail… il faut que tu viennes me voir directement dans mon bureau, quelle date t’irait le mieux ? » Aucune, biatch, ton campus est le plus loin et le plus pourri de toute la ville.
(Ceci était donc le point « mundus ».)
A part ça, je dois trouver un moment pour dégager une après-midi entière pour la session « shopping galicien » promis de longue date avec les françaises avant que l’une d’elles ne s’en aille, tenir le coup vendredi après un jeudi soir invitée à une dégustation de vin (oui madame) suivie évidemment du traditionnel jeudi soir « on a encore vingt-sept bar à visiter », faire une soirée d’adieu et réussir à voir ces putains d’Avengers au ciné.
(C’était le point « erasmus ».)
Au cas, donc, où quelqu’un se demanderait encore la différence concrète entre « étudiant erasmus » et « étudiant erasmus mundus » : l’étudiant erasmus n’est pas là pour bosser, l’étudiant erasmus mundus, s’il bosse pas, il perd son master, et il a quand même une réputation d’erasmus à sauvegarder.
Mais rien n’a troublé mon pipi matinal, alors tout va bien, dans le fond.
J’étais en train de boire du nesquik devant des photos de chats qui ne savent pas bien écrire, quand je me suis dis que je ne pouvais pas décemment être la seule à penser que le dessin animé du Roi Lion était une vaste arnaque. Alors je suis venue, telle la jeune pucelle s’épanchant sur son journal rose, réanimer mon blog pour y déposer ma prose.
Don’t get me wrong, et ne pensez pas que je me la pète avec mon anglais, la vérité étant moins glorieuse puisque cela signifie simplement que j’ai la flemme de réfléchir à la bonne tournure de phrase en français, don’t get me wrong disais-je, je kiffe grave le Roi Lion. Enfin. Je kiffe grave la musique du Roi Lion, qui contribue à en faire un film épique. Je pleure, rien qu’à reconnaître les quelques notes du passage où papa Simba meurt, comme tout le monde. Je bouge mon derche avec la savane quand bébé Simba fait son kéké et chante qu’il just can’t wait to be king~, comme tout le monde. Je chante Hakuna Matata après trois bières, comme tout le monde.
Pourtant, malgré la dose de Disney que j’ai pu ingérer tout au long de ma vie, il fait partie de ceux que j’ai le moins regardés, rangés aux rangs des disgracieux que sont Blanche-Neige (bleh) et la Belle au bois dormant (double bleh). A vrai dire, je dois l’avoir vu pour la deuxième fois à l’âge de… 19 ans ? Depuis, je me le repasse souvent. Pourquoi ? Parce que je sais ce qui ne me va pas, et je peux donc contourner le problème.
Qu’est-ce qui ne va pas ? Je vais te le dire, ce qui ne va pas, c’est le but de cette note. Ce qui ne va pas, c’est ce putain de foutage de gueule final.
ça commence… avec de l’épique. Bébé Simba est né, tous les animaux ils sont contents et super synchros par rapport à la musique, il y a des choeurs et tout, bref, on se donne tellement sur la présentation qu’on oublie qu’il s’agit d’un couple de grosses bourges qui étalent leur fertilité aux yeux de tous et vous avez intérêt à kiffer parce qu’attention on a plus de griffes que vous.
ça continue… avec de l’épique. Passé les petites danses dans une savane apparemment déserte mais qui se transforme en discoclub un samedi soir dès qu’une boule de poil pousse la chansonnette, on a quand même un roi lion qui meurt en slow motion sous un putain de troupeau (ce qui, en soi, si ce n’avait été pour la musique, serait quand même passé pour ce que c’est : une grosse loose. Putain mec, t’es censé être le roi de tout un tas de bestiasses suffisamment intelligentes pour venir vénérer le fruit de tes entrailles, et tu crèves sous leurs pattes parce que finalement ils sont assez con pour pas se rendre compte qu’ils piétinent leur grand seigneur, moi je dis, mutinerie déguisée, hein.), bref, suivi d’un fils en exil, d’un fils coupable, d’une communication avec les étoiles et quelques ébats sous les cascades plus tard…
ça finit… avec du rafistolage à la ficelle. Le RETOUR DU ROI, bon sang. C’est juste ce autour de quoi le film tourne, et ils nous chient le RETOUR DU ROI, teh passage épique par excellence !
Quoi ? Attendez… Vous n’allez pas me dire que vous avez trouvé ça épique ? Il revient, donc – le roi -, son royaume s’est transformé en Mordor en contrat avec le ciel pour être bien raccord niveau ambiance, et… on parle toujours bien d’un royaume, ok ? On se retrouve avec trois-quatre lionnes patraques, et une reine des lionnes en train de dire – justement, ça tombe bien – qu’elles sont pas contentes et qu’elles iront plus chasser et pis de toute façon y a plus rien bordel. Bon, passé le coup du « vous auriez p’têt pu vous bouger le derche avant », parce qu’après tout, une poignée de lionnes entraînées à chasser ça pèse quand même plus lourd qu’un seul lion habitué à lécher des cailloux pour bouffer, PASSE CELA, je voudrais juste savoir où elle est passée la savane. Elle est où, ma foule en délire ? Mon peuple ployant sous la douleur que représente la présence de l’usurpateur sur le trône ? On veut du tragique, on veut de la girafe qui crève, du zèbre qui pleure, et du zébu qui a soif (car quand zébu j’ai plus s… non rien), on veut la souffrance que la copine du héros nous a promis PAS TROIS PEGUS EN TRAIN DE JOUER AVEC DES BRINDILLES SECHES (« aah, je symbolise la sècheresse des coeurs brisés, aaah… »). Nom de crotte.
C’est quoi, cette grève des dessinateurs, qui ont décidé qu’ils avaient déjà tout donné pour le début du film et que du coup on se contenterait bien de quelques lionnes pour se représenter le royaume des nanimaux ? C’est le coup du « je te dessine un arbre, voilà, maintenant imagine-toi la forêt », ou du foutu mouton dans sa boîte, c’est ça ? Vous prenez vraiment les gosses pour des cons, c’est ça ?
Alors, bref, mettons, fils prodigue revient, signale qu’il déconne pas, fout le méchant dehors qui finit par se tuer tout seul pour éviter au gentil d’entacher sa réputation toute fraîche… un truc qui sur le papier t’en fout plein la vue, quoi. Le B-A.BA de l’épique. ça finit, il monte en slow-motion sur le rocher, gros symbole, la pluie cesse ayant enfin éteint le début d’incendie pour laisser place aux premiers rayons du soleil depuis longtemps, un peu trop gros symbole, paie ta musique d’ambiance, tatati tatata…
Et qui c’est qui admire le retour du roi légitime sur son roch… sur le trône ?
Nos quatre pégutes de lionnes, bravo.
Elle est. Où. Ma putain. De savane ?
Oui, non, parce qu’après, pour venir profiter du buffet à thème « cycle de la vie » à l’occasion de nouveau bébé Simba, ça y a du monde, hein, bravo les pique-assiettes. Mais alors pour montrer sa souffrance… la flamme d’espoir si fragile qui pourtant luit encore dans ce royaume en perdition, attendant toujours qu’à l’horizon déserte surgisse la silhouette du rédempteur… Pour illustrer ce peuple qui gronde, ben là y a personne ! Merci les mecs, hein.
« Ouiii, mais c’est pour l’aspect simpliiiste, d’une histoire destinée aux enfaaants… » Ouais, ouais, ouais… Je l’ai entendu le refrain du simpliste. En attendant, ce sont les scénaristes qui vont aller expliquer aux gamins que si y a que des madames dans la tribu du roi lion, c’est pas parce que ledit roi à foutu dehors tous les mecs histoire de toutes se les taper quand il en a envie, nananan… c’est juste parce que les dessinateurs ils le sentaient pas trop, le lion mâle (« alors on dira que les autres lions, ben il faut les imaginer. »).
Alors moi je m’en fous, je regarde le Roi Lion quand je veux, mais je fais comme avec Moulin Rouge : c’est moi qui décide quand c’est la fin du film (elle meurt pas à la fin, atchay ??). Quitte à devoir imaginer, autant se passer des brindilles généreusement prêtés par l’équipe Disney pour aider à l’inspiration. Et puis c’est pas tout ça, mais je viens d’écrire pour un coup de gueule bateau sur un film Disney ce que je devrais écrire pour mon mémoire, alors voilà, adieu et à jamais – je pars rouler mon désespoir en boule dans mon lit.
Et le premier qui me tend une brindille sèche pour m’aider à illustrer mon désespoir, je le tape.
Je reviens activement et avec entrain et joie frétillante dès que j’aurai vaincu la partie II. 2 de mon mémoire.

Adieu.